Google rachète YouTube : une nouvelle bulle ?
Posté le 01/01/1970
Ca y est, tout le monde le sait, Google a racheté YouTube pour quelques 1,65 milliards de dollars. Pendant les quelques jours qui ont précédé l'annonce, chacun a pu donner son avis sur la valeur du site de vidéo, et faire ses propres pronostics quant à l'hypothétique vente. Félicitations à ceux qui ont gagné au jeu de la prédiction économique. Le 6 octobre, par exemple, on pouvait lire sur le blog de Charlene Li (en anglais) une analyse intéressante sur les raisons qui pouvaient pousser les deux sociétés à conclure l'accord, et l'auteur nous y indique en quoi le montant estimé était, selon elle, tout à fait pertinent.
Ce 6 octobre, sur Techcrunch, Michael Amington et Ouriel Ohayon restaient honorablement prudents. D'autres se sont trompés, comme Fred Cavazza qui écrivait le 9 octobre que "YouTube ne se ferait racheter par personne, et certainement pas par Google". Il a le mérite de le reconnaître (alors que nous, qui n'y croyions pas non plus, nous cachons bien de nous être fourvoyés).
Une fois la nouvelle annoncée, les billets et les commentaires ont poussé comme des champignons sur des blogs fertiles. De nombreuses analyses concernant la rentabilité de l'opération ont vu le jour, et nous ne nous aventurerons pas sur ce terrain, déjà bien occupé.
En revanche (et sinon le billet s'arrêterait là), nous allons vous servir un petit couplet sur l'avenir de la "nouvelle nouvelle économie" (encore). Car en ce jour du 10 octobre, ce n'est pas le son des bouchons de champagne qui nous a appris que l'accord était signé. C'est un présentateur de radio qui a fait parvenir en premier l'information à nos oreilles (propres, cela va de soi). Pire, quelques minutes plus tard, deux employées de la boulangerie en discutaient...
Rendez-vous compte, YouTube, fondé en février 2005, est devenu un phénomène de société, rassemblant 16 millions de visiteurs par mois. Il y a un an et demi, le site n'existait pas. Aujourd'hui, on en parle au journal radio sans même avoir à préciser de quel genre de site il s'agit.
Où est-ce que tout cela nous mène ? Voyons voir, des nouveaux milliardaires, ma boulangère qui en parle, une médiatisation exceptionnelle... Est-ce que c'est une bulle, que j'aperçois à l'horizon ?
Possible. En effet, une bulle spéculative, c'est ce qui se produit quand des actifs prennent une valeur démesurée, et que la hausse de cette valeur s'auto-entretient. Le mécanisme spéculatif est alors simple : les acteurs économiques, constatant que "ça monte", achètent, pour profiter de la hausse, contribuant ainsi à leur tour à la hausse. Une telle bulle a souvent pour origine une croyance irrationnelle et abhérante. Par exemple, dans l'immobilier, on dit toujours "la pierre ça ne peut que monter", affirmation historiquement et économiquement fausse. Autre exemple, dans les années 1999-2000, on a cru que la bourse était un placement sûr à court terme, et qu'un amateur pouvait gagner de l'argent facilement en boursicotant sur Internet, ce qui est complètement irréaliste.
Aujourd'hui, la croyance pourrait être "le Web 2.0 a un énorme avenir". Cette croyance est-elle irrationnelle et exhubérante ? Non. C'est une opinion discutable, mais justifiable. C'est peut-être faux, mais ce n'est pas évident. La différence avec une bulle spéculative, c'est qu'aujourd'hui ceux qui y croient investissent pour de bonnes raisons (Google investit de très lourdes sommes, en tant que "pure player" du net), pour prendre une place qu'ils estiment profitable, pour monter des affaires rentables. Bien sûr, certains échoueront, et perdront leur mise. Mais à la différence du phénomène d'il y a quelques années, on n'assiste pas à une frénésie d'investissements infondés. Et comment fait-on la différence, nous direz-vous, entre un investissement logique, et un investissement exhubérant ? On regarde les fondamentaux. En l'occurence, le site YouTube a été acheté pour un montant de l'ordre de ce qu'il peut générer en emplacements publicitaires.
Alors, pour l'instant, pas de bulle, mais tout de même, avec ces histoires de fortune instantanée et de boulangère, ouvrons l'oeil.


