Web 2.0, ça veut dire quoi ?
Posté le 01/01/1970
On en entend parler, un peu, beaucoup, passionnément, à toutes les sauces. Chacun à sa propre opinion, et même sa propre définition du Web 2.0. Il y a ceux qui "en sont", ceux qui préfèrent ne même pas en parler, ceux qui ne voient pas où est la nouveauté, et aussi ceux qui n'en ont jamais entendu parler.
Alors, qu'est ce que c'est ? Et si oui, pourquoi ?
Eh bien, dans "Web 2.0", il y a "Web", mais surtout, il y a "2.0" (on avance à grands pas dans l'analyse). Ce 2.0, qui veut dire "deuxième version" à la sauce informatique, est la source de tous les débats. En effet, techniquement, le web n'a pas changé. Le web est une toile (web, en anglais) constituée de millions de sites, liés les uns aux autres par des hyperliens (ces choses sur lesquelles vous cliquez pour naviguer). Chaque site est géré par un serveur qui répond aux demandes des navigateurs en leur envoyant des fichiers divers et variés, principalement des fichiers HTML. Ces fichiers, qui constituent des pages web, sont ensuite lus, interprétés et affichés par les navigateurs.
Ce principe, vieux comme... le web (1990), n'a pas changé. Ou presque. Tout au plus y a-t-on rajouté des fonctionnalités, des petite à-côtés, des options (dont nous reparlerons plus loin). Rien de révolutionnaire. Rien qui justifie le titre de "2.0".
Non, ce n'est pas le principe fondamental du World Wide Web qui a changé. Mais beaucoup d'autres choses ont changé. Et en particulier, les professionnels du web et les internautes.
Les professionnels, tout d'abord, ont connu la crise des valeurs technologiques de l'an 2000. Toutes ces belles start-up qui avaient levé des millions de francs et de dollars en présentant des jolis petits dossiers ont disparu. Les revenus publicitaires en ligne ont dégringolé. Des espoirs et des illusions se sont effondrées en même temps que le NASDAQ. Bon, cela n'a pas provoqué de guerre civile, mais dans le (petit) monde de l'informatique, on s'en souvient.
D'un autre côté, comme dans tout cycle de baisse économique, la profession s'est "épurée". Les concepts qui ne marchaient pas ont disparu, et le web a terminé son enfance. Cinq ans après, tout cela est fini, et on y croit à nouveau. Mais cette fois, attention, finis les excès, il faut des projets sérieux et réalistes pour lever des fonds, parce que vendre du vent, on a déjà essayé, ça n'a pas marché. Alors, économiquement, le web se relève (et même tellement bien que certains parlent de nouvelle bulle des technologies en formation - théorie à laquelle nous n'adhérons pas), et ce nouvel essor mérite le nom de "Web 2.0".
Les internautes, eux aussi, ont beaucoup évolué depuis cinq ans. Tout d'abord, ils sont beaucoup plus nombreux (26,3 millions d'internautes français en août 2006, contre 14,3 millions en août 2001 - Médiamétrie). Ensuite, ils sont de plus en plus en haut débit (11,1 millions d'abonnement en France en juin 2006, contre moins de 0,4 million en juin 2001 - ARCEP). Ce taux de pénétration et cet équipement permettent des sites plus riches, plus beaux, plus rapides.
Et surtout, avec cette démocratisation de l'accès à Internet, le net est devenu populaire. Il s'est taillé une place de choix dans la vie de l'homme moderne, dans le langage, les habitudes, les savoir-faire, bref, dans la culture.
Le web est devenu un médium tellement important qu'il génère ses propres communautés, comme par exemples les fans du groupe Yelle, les éleveurs de rats domestiques, ou encore les supporters de football, les passionnés de sports mécaniques ou les gestionnaires de portefeuilles boursiers. Ces communautés regroupent des gens qui peuvent ne jamais se rencontrer "en vrai", mais pourtant se connaissent bien, échangent des idées, des blagues, des fichiers, des adresses, bref, communiquent, et donc se lient d'amitié, et parfois d'amour.
Il y à la une véritable nouveauté, une nouveauté qui réside plus dans l'usage que dans la technique. Le web n'est plus un ramassis d'informaticiens et de passionnés, c'est une agora populaire. Et pour cela aussi, on peut parler de "Web 2.0".
Cette évolution des acteurs du web (professionnels et internautes) a aussi engendré quelques évolutions techniques, dont nous parlions plus haut, en précisant qu'il ne s'agissait pas de révolution. Parmi ces améliorations, citons les flux RSS qui permettent d'être automatiquement informés des ajouts de contenu sur un site, les AJAX et consorts qui offrent de nouvelles possibilités d'interactivité, une meilleure utilisation du Flash, et de multiples applications interactives qui portent chacune leur petit nom, tels que blog, wiki ou forum.
L'internaute averti aura noté que ces technologies et applications existent, pour la plupart, depuis bien longtemps (à l'échelle du web, s'entend). Et l'internaute averti a raison ! Tout cela n'est pas nouveau ; ce qui est nouveau, c'est que ces technologies sont devenus communes, ont chacune leur nom, et sont utilisées de manière extensive (5,9 millions de blogs uniquement sur Skyblog, octobre 2006). Encore une raison de parler d'un web nouveau, d'un "web 2.0".
Dans "Web 2.0", il ne faut pas comprendre que le World Wide Web a été complètement reconstruit, ou qu'un deuxième réseau parallèle est né ; il faut comprendre que la toile a évolué, en douceur, mais de manière importante, et sur beaucoup de plans.
Si le web est né en 1990, il est resté enfant jusqu'en 2000. Il a exploré de nombreuses voies, s'est émerveillé, a grandi, a beaucoup inventé et beaucoup appris. En 2006, il a 16 ans, et c'est maintenant un adolescent qui cherche sa place exacte dans le monde. Comment les blogs cohabiteront-ils avec la presse ? Quel avenir pour les encyclopédies papier ? Les administrations et leurs kilomètres de formulaires ? Les intermédiaires commerciaux ? Les publicitaires ? En en 2008, pour ses 18 ans, votera-t-on par son intermédiaire ?
Le web a beaucoup grandi, il a gagné en professionnalisme, il est devenu communautaire, et c'est pour cela qu'à notre sens, les mots "Web 2.0" sont pertinents.


